Je ne fais que me répéter, comme l’Histoire.

Il y avait eu les attentats de 1995-1996.
Et il y avait eu cette image très forte de l’équipe de foot Black-Blanc-Beur qui avait du mal à chanter la Marseillaise en 1998.
Il y avait ma quête de sens.

Alors, considérant encore à cette époque que j’avais la possibilité de transformer mes réflexions en œuvre artistique, j’avais écrit ça :

Allons enfants de la planète
Le jour de gloire est arrivé
Contre nous de nos tyrannies
L’étendard sanglant est levé (bis)
Entendez-vous dans toutes les âmes
Mugir ces féroces démons
Qui viennent jusque dans nos cœurs
Étouffer nos dons pour le bonheur
Aux âmes citoyens
Formez vos intentions
Pensons, pensons
Qu’un sang plus pur
Abreuve nos poumons

Bon, ben je me répète alors.
D’autant que l’idée sous-tendue dans ce texte, c’est que la guerre sainte, le djihad, ça peut être souhaité et tenté, mais seulement à l’intérieur de soi, de façon intime et profonde, comme un combat contre ses propres ennemis intérieurs, propres à chacun, et non pas contre des ennemis extérieurs désignés par des dégénérés psychomalades en quête d’une toute-puissance maléfique.
L’espace de la pensée et de la spiritualité à l’intérieur de chaque conscience humaine, s’il n’est pas reconnu et s’il n’est pas élaboré, laisse un vide immense où toutes les folies narcissiques peuvent s’engouffrer.

Alors je tiens à dire aujourd’hui de manière encore plus aiguë, qu’il me semble important et responsable d’aider les esprits dans la confusion à ne pas mettre dans le même sac défense de la laïcité (combat à mort, indispensable, dont la République française est porteuse) et défense de l’athéisme (position personnelle et intime).
Bon, voilà…

Des personnes ont été assassinées sous le prétexte qu’elles étaient libres, d’autres sous le prétexte qu’elles étaient de la police, d’autres sous le prétexte qu’elles étaient juives.

Et pendant ce temps au Nigeria, la petite fille ceinturée d’explosifs envoyée en bombe humaine au milieu d’un marché, c’était quoi le prétexte pour la tuer ?

Les mots me manquent, la pensée se trouble.

Les survivants de Charlie, on voudrait les aider, leur apporter du café, leur masser les trapèzes, leur caresser le visage, essuyer leurs larmes.

Je ne sais pas dessiner, mais j’ai une idée qui me traîne dans la tête :

Un genre de jury d’accueil dans la vie après la mort composé de Jésus, Moïse, Allah, Bouddah. Ils seraient très beaux et lumineux, très complices aussi, très potes. Bien dans leur peau, quoi.
— « Candidat suivant !
Ce serait un terroriste cagoulé. Il aurait dans le bas ventre un petit diable avec sa queue et ses cornes, vraiment très laid, qui tiendrait une kalachnikof, pointée vers l’avant et traversant tout du long le sexe en érection du terroriste.
— « Oh merde ! Qu’est-ce qu’on fait ? Satan l’habite, non ? Tu crois que c’est parce qu’il a cru qu’il allait se taper des vierges ? C’est dingue quand-même !» se diraient les membres du jury.

Je ne sais pas si c’est drôle, si c’est utile.

En dehors de la disparition immonde de personnes drôles, apparemment bonnes, touchantes, c’est une partie de mon ADN intellectuel de jeune adulte qui est détruit. J’avais 16 ans en 68. J’ai beaucoup pleuré cette horrible semaine (ça c’est normal), et j’ai vu beaucoup d’hommes pleurer (et ça c’est plus inhabituel).

Les causes sont multiples, complexes, liées entre elles.
La liste en est trop longue pour être écrite ici.
Les solutions, s’il y en a, vont être longues et difficiles à mettre en œuvre.
Elles sont internationales et relèvent de la condition humaine, de son évolution.
Allons enfants de la planète…

Corine Marienneau